Actes
2,1-11 Quand le jour de la
Pentecôte arriva, ils se trouvaient
réunis tous ensemble. Tout à coup il
y eut un bruit qui venait du ciel comme le souffle
d'un violent coup de vent: la maison où ils
se tenaient en fut toute remplie; alors leur
apparurent comme des langues de feu qui se
partageaient et il s'en posa sur chacun d'eux. Ils
furent tous remplis d'Esprit Saint et se mirent
à parler d'autres langues, comme l'Esprit
leur donnait de s'exprimer. Or, à
Jérusalem, résidaient des juifs
pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le
ciel. A la rumeur qui se répandait, la foule
se rassembla et se trouvait en plein
désarroi, car chacun les entendait parler sa
propre langue. Déconcertés,
émerveillés, ils disaient: "Tous ces
gens qui parlent ne sont-ils pas des
Galiléens? Comment se fait-il que chacun de
nous les entende dans sa langue maternelle?
Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la
Mésopotamie, de la Judée et de la
Cappadoce, du Pont et de I'Asie, de la Phrygie et
de la Pamphylie, de l'Egypte et de la Libye
cyrénaïque, ceux de Rome en
résidence ici, tous, tant juifs que
prosélytes, Crétois et Arabes, nous
les entendons annoncer dans nos langues les
merveilles de Dieu."
Cette
méditation paraît après le
scrutin fédéral des 20 et 21 mai qui
devrait décider si la Suisse va faire un
nouveau pas vers la diversité et
l'universalité. On ne reprochera donc pas
à son auteur d'influencer la décision
des lecteurs en les renvoyant aux Ecritures. Mais
à l'heure où j'écris, le
résultat de la consultation est encore
lointain et je dois me faire une opinion. J'avoue
que le récit de la Pentecôte ne manque
pas de m'interroger. Il pourrait même
éclairer le choix que j'exprimerai sur mon
bulletin de vote. Nous lisons qu'
"ils" étaient au début de cette
journée tous et toutes réunis en un
même lieu. Qui sont-ils ? Les onze
apôtres, rescapés des jours de la
passion, avec quelques femmes dont Marie la
mère de Jésus. Luc, l'auteur du
récit, précise qu'ils étaient
reclus dans une "chambre haute", ce fameux
cénacle qui évoque la retraite, le
repli, mais aussi la prière intime à
l'abri de tout regard "étranger". Le
cénacle ressemble au sein maternel. Il est
rassurant et donne l'illusion que le dehors
n'existe pas. Et pourtant, autour de ce refuge bien
cadenassé une foule est rassemblée.
Luc la décrit comme des gens venus de
"toutes les nations qui sont sous le ciel". La
formule sent l'emphase, mais elle dit bien ce
qu'elle veut dire. Le cénacle est
assiégé par des "étrangers"
qui arrivent de la terre entière. Et Luc, en
bon géographe, se plait à
détailler leur provenance: la Cappadoce,
mais c'est laTurquie ! Puis l'Egypte, mais c'est en
Afrique ! Et encore la Lybie, le pays de Khadafi.
Passe encore la Crète où nous passons
nos vacances, mais alors l'Arabie ! La coupe est
pleine et déborde. Le Cénacle a beau
être un fortin . Il risque d'être
submergé, livré à la
curée. Il faudra bien
tout de même qu'ils sortent de leur
cénacle, et, comme le poussin, fassent
sauter leur coquille. Ils n'y parviendront pas
d'eux-mêmes, c'est certain. Où
trouveraient-ils la force de vaincre la peur qui
les muselle? Il aura fallu ce vent violent - plus
fort que tous les Lothar du monde - pour les
secouer de leur torpeur et faire sauter les verrous
de leur citadelle. Une immense "rumeur" rassemble
alors autour d'eux ces gens qu'ils craignaient
jusque là. Et, ô miracle ! , ils
commencent à se parler et même
à se faire comprendre. Ils se
découvrent un message "universel" qui
établit dans cette diversité un lien
et une évidence que tout le monde saisit.
Sans même qu'il ne soit besoin d'utiliser un
dictionnaire ou d'imposer la pratique du franglais
ou de l'esperanto. Sans même qu'on s'oblige
à "assimiler" ces gens, à les
habiller en armaillis, à leur faire
apprécier la fondue ou à leur
apprendre le swytzerdütsch. Chacun garde sa
culture. Mais plus profond que ces identités
de surface, un fond commun émerge. Une
symphonie prend forme et s'amplifie. Les uns et les
autres se disent et se chantent, "chacun dans sa
langue maternelle", les "merveilles de
Dieu". Merveilles d'un
Dieu unique, créateur de tous les hommes et
qui manifeste à chacun une touche de son
immense bonté et de sa
généreuse miséricorde. Il nous
a fait connaitre, à nous chrétiens,
l'inoui de l'incarnation de son Fils. Cette
révélation unique et extraordinaire
ne nous prive pas de nous réjouir aussi de
toutes les tendresses de ce même Dieu pour
les juifs, les musulmans, les boudhistes et pour
tous les autres peuples de la terre. L'Esprit de
Pentecôte nous fait chanter toutes les
merveilles de Dieu. En polyphonie, non pas à
l'unisson. |